Etape 10 : Truc - La Balme
Les splendeurs de la réserve naturelle des Contamines-Montjoie cachent aussi des faits historiques souvent peu connus du grand public. Elle aurait ainsi dû voir passer en son cœur le dernier tronçon de la Route des Alpes.
Durée de marche : 5h30

Les chalets rencontrés sont typiques de l'architecture locale (photo : OT St Gervais - Serge Deschamps)
Autre idée à la journée : une balade originale et culturelle au départ des Contamines (à 18 km de Praz-sur-Arly) : LE SENTIER DU BAROQUE
En une ou deux étapes pour un total de 20 km (soit 4 ou 8h de marche). Un superbe parcours pour découvrir le patrimoine baroque au Pays du Mont-Blanc.
Pour plus de détails, demandez nous le dépliant du sentier du baroque.
Après une bonne nuit passée au refuge du Truc, plus de cinq heures de marche nous attendent. Le Truc, drôle de nom pour un aussi charmant endroit… Le topo-guide nous éclaire rapidement. En fait, en celte, " Truc " désigne un sommet pointu ou arrondi.
Le sentier nous mène juste au dessus des Contamines, à la hauteur de la Frasse (de " frassies ", endroit défriché). Le parcours évolue entre prés et forêts, et de charmants petits chalets apparaissent ça et là, rappelant la civilisation toute proche. Nous sommes déjà dans la réserve naturelle des Contamines-Montjoie. Créée en 1979, elle est notamment la seule à inclure en Haute-Savoie un système glaciaire. Elle possède aussi des caractéristiques climatiques très particulières. On compte 47 espèces de fleurs rares, dont l'orchidée " Dactylorchis des Sudètes " découverte seulement en 1990.
Le sommet de la combe s'ouvre ensuite sur tout le Val Montjoie, dégageant à la vue les hauts alpages et les petits hameaux qui tapissent le fond du vallon. Après trois heures de marche, une petite pose au refuge de Tré la Tête est réparatrice. Tré la Tête, c'est le nom de la Grande Roche qui domine l'endroit ; c'est aussi celui du glacier tout proche, qui prend ses origines sous les Dômes de Miage. " Tré ", en patois, est la contraction de " outre " (au delà) ou de " entre ". Robert Muffat-Joly, notre accompagnateur de montagne, en profite pour rappeler que le glacier de Tré la Tête cache un système de captage sous-glaciaire, édifié en 1941, servant à alimenter le barrage de la Girotte. Il s'agit d'un réel exploit technique pour l'époque et c'est le tout premier exemple du genre en Europe (le topo-guide signale seulement une " première en France " ; nous ne sommes pas chauvins mais tout de même…). Cette initiative est à mettre au crédit des aciéries d'Ugine dont le barrage de la Girotte fournissait leur énergie électrique. Pour imaginer combien les contraintes techniques étaient importantes, il faut savoir que l'eau circule à l'intérieur d'un gigantesque tunnel cimenté, à l'exception du plan Jovet où apparaissent des tuyaux métalliques. Ce chantier demanda l'installation de téléphériques provisoires pour le ravitaillement, ainsi que des cantines pour les ouvriers, construites à flanc de montagne (l'une sous les arêtes du Mont Jovet, l'autre sous l'arête descendant des Aiguilles de la Pennaz). Les bâtisses existent toujours et servent maintenant de regard pour les techniciens. Depuis le large sentier qui nous mène dans le vallon de la Rollaz nous apercevons d'ailleurs les immenses socles de bétons, derniers vestiges des fameux téléphériques.
L'endroit en vraiment riche en histoire. Rappelons qu'au dessus de la merveille d'art baroque qu'est Notre-Dame de la Gorge, au fond de la vallée des Contamines, se trouve la " voie romaine ", signe d'une forte fréquentation humaine depuis des temps reculé. Le fond de la gorge aurait également dû être le passage du… dernier tronçon de la Route des Alpes, une histoire méconnue qui ne manque pourtant pas d'anecdotes. La route devait rejoindre le Col du Bonhomme, le col de la Croix du Bonhomme, les Chapieux, Bonneval les Bains, pour finir à Bourg Saint Maurice. Le projet était réellement établi et les travaux prêts à être lancés. Certaines personnes très entreprenantes avaient même anticipé le chantier, comptant profiter eux aussi de l'aubaine. C'est ainsi que l'on peut voir, en montant sur la droite, les vestiges d'un bâtiment, piliers et fondations sortis de terre, qui n'est autre qu'un " futur " garage. Les promeneurs du côté de Bonneval les Bains, petit hameau près de Bourg St Maurice où jaillit une source d'eau ferrugineuse, peuvent apercevoir un hôtel tout de pierre construit. Il ne lui manque que les fenêtres et… la Route des Alpes, dont les travaux, stoppés par la guerre, ne seront jamais repris. Pour la petite histoire, Michelin fit ériger, au Col du Bonhomme et à la Croix, des pyramides directionnelles portant la gravure " don de Michelin ". Des randonneurs ignorants, voyant là une agression de la société de consommation, ont hélas tout saccagé sans savoir que dans le cas du passage d'une route, leur présence était somme toute logique.
Toutes ces fabuleuses histoires nous emmènent sans le remarquer jusqu'au refuge de la Balme, fin de l'étape, pourtant à plus de deux heures de marche de celui de Tré la Tête. Une balade aussi splendide qu'instructive.
Départ pour l'étape suivante...
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