La catastrophe du Dérochoir
La traversée du Dérochoir est l'occasion de revenir en détail sur l'incroyable cataclysme qui eut lieu en août 1751. Deux autres catastrophes au moins se sont déroulé en cet endroit en des temps reculés.
Les précieuses informations que nous a confié l'abbé Tournafol, issues de la Monographie de Servoz (abbé Orsat, 1892), nous ont éclairés sur certains faits concernant ce cataclysme. L'impressionnant éboulis qui compose le Dérochoir, au dessus de Passy, trouve son origine dans l'instabilité de la montagne des Fiz (à l'époque appelée " Fys "). La masse calcaire qui court depuis le Désert de Platé jusqu'aux falaises qui dominent le Plateau d'Assy est une succession de roches crevassées, comme fendues par un instrument à la taille phénoménale. Ces innombrables crevasses ont été percées par les nombreuses petites sources qui coulent au pied de la montagne. Le calcaire et le schiste sont ainsi rongés par l'humidité et les siècles forment des creux toujours plus importants. L'hiver, ces crevasses remplies d'eau voient croître leur taille du fait du gel. Avec les années, la paroi fini par abandonner le combat et la roche cède dans de grands fracas.
La montagne des Fiz a vu au moins trois grands cataclysmes : un en des temps préhistoriques, le second au printemps de l'an 1471, le troisième en août 1751 qui donna à la falaise son aspect actuel. Les fracas étaient épouvantables et les avalanches se succédèrent durant un mois, jusqu'en septembre. La pire journée fut celle du 14 août où il tomba tant de rochers que les habitants crurent à la fin du monde. De Saussure raconte que " les habitant (…) crurent voir des flammes sortir de cet affreux chaos ". Un témoignage somme toute vraisemblable, les grands éboulements pouvant déclencher des phénomènes électrostatiques conduisant à la création d'éclairs. D'après les histoires de l'époque, la couche de poussière s'étendit jusqu'à… Bonneville ! Mais la création de l'actuel Dérochoir ne fut, selon tout probabilité, que bien peu de choses par rapport aux deux cataclysmes précédents. Il suffit de savoir, pour s'en convaincre, que voici quelques milliers d'années, la vallée de Sallanches courait jusqu'à Servoz. Elle ne débute dorénavant qu'à Chedde (commune de Passy) dont le nom signifie " chute ". Ce sont les gigantesques éboulements de la montagne des Fiz qui ont coupé Chedde de Servoz sur une pente dont l'étendue dépasse 5 kilomètres.
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