Etape 12 :
Petit Tétras - Village de Praz-sur-Arly
Durée : 2 h

Après une belle nuit sous les crêtes, face aux Aravis, nous entamons notre retour vers le village après une magnifique boucle de douze jours.
Depuis le refuge du Petit Tétras, nous dominons tout le Val d'Arly. En contrebas se trouve Praz sur Arly, une des portes du Pays du Mont-Blanc, dernière commune avant la Savoie.
Avant 1870, Praz sur Arly n'était qu'un hameau de Megève et s'appelait " Pratz de Megève ". Praz veut dire " pré " en patois, ce qui lui sied toujours bien, les pâturages étant très nombreux dans la vallée comme en altitude. L'élevage y est toujours une activité très forte avec une vingtaine d'exploitants (pour 1100 habitants).
Alors que nous débutons la descente en direction de Praz, nous apercevons le refuge du Plan de l'Are sur l'autre versant, où nous avions passé notre première nuit dix jours auparavant. A gauche, coule le ruisseau du Jorrat, qui délimite le département. Il s'agissait même d'une véritable frontière du temps du rattachement de la Savoie à la France, de 1860 à 1921, ce qui ne remonte pas si loin. L'existence d'une douane d'Etat entre deux départements d'un même pays peut laisser perplexe. En fait, l'approbation du Traité d'Annexion par les savoyards était soumise au vote avec des bulletins au vocable " oui et zone ". La proposition était celle d'une zone franche (ou Grande Zone) recouvrant à peu près l'actuelle Haute-Savoie où les prix demeureraient les mêmes que dans le canton suisse de Genève. Tous les produits passant en Savoie durent ainsi payer une taxe, bétail compris. Une clause dénoncée par les suisses et tous les habitants de la province savoyarde qui commerçaient beaucoup avec la confédération. Les suisses voyaient plutôt comme seul intérêt la mise en place d'une zone tampon, démilitarisée en cas de conflit. Les helvètes n'avaient visiblement pas encore oublié les guerres napoléoniennes ! La conséquence de la mise en place de cette frontière fut l'avènement de la contrebande par les savoyards. Bien des histoires existent à propos de ces rusés passeurs de marchandises. Tout le monde participait au trafic. Lors de mariages, par exemple entre une jeune femme de Praz sur Arly et un homme de Notre-Dame de Bellecombe, il n'était pas rare de cacher des produits sous les vastes jupons de la mariée, pour passer le poste au nez et à la barbe des douaniers.
Arrivés à Combe Noire, nous retrouvons une route goudronnée. Après avoir goûtés aux sentiers couverts d'épines de pins, le retour à la civilisation est un peu difficile même si le cadre reste tout à fait charmant.
Le Tour du Pays du Mont-Blanc nous aura permis de découvrir une multitude de paysages riches de nuances et de variété. Une belle aventure sans la moindre difficulté technique puisqu'il s'agit de randonnée de moyenne montagne. Une longue marche aussi qui représente un total de 60 heures de balade (temps indiqué sur le topo-guide) à travers des sentiers d'une étonnante diversité. Des vastes alpages du Val d'Arly en passant par les forêts blotties au confins des barrières rocheuses du Val Montjoie ou encore l'ambiance minérale du massif des Aiguilles Rouges, cette superbe randonnée nous aura ouvert un regard nouveau sur ce pays que ses habitants et ses touristes croient si bien connaître. Ce tour leur prouvera le contraire. Il est une découverte permanente des traditions savoyardes ou de l'histoire des hommes qui ont eu le courage de développer la vie dans des milieux restés longtemps hostiles. La montagne est un lieu de respect, tant pour elle que pour les passionnés qui partent à sa rencontre. C'est tout ce milieu de cœur et de coutumes que vous invite à découvrir le grand sentier du Tour du Pays du Mont-Blanc.
Je tiens à remercier Robert Muffat-Joly, accompagnateur de montagne à Praz sur Arly, qui a élaboré pour nous le parcours et nous a fait profiter avec une gentillesse sans faille de ses vastes connaissances de la région. Sans lui, quelque chose aurait sans doute manqué à ce splendide parcours ; moins d'histoires, moins de patois, moins de sommets, moins de savoir, moins d'essence montagnarde, tout simplement.
Yann JACCAZ
Haut de page |