Etape 4 :
Varan - Refuge de Moëde-Anterne
Durée : 5 h
Cette étape marque l'entrée dans la réserve naturelle de Passy. Ici s'étend le massif de Pormenaz, transition entre le calcaire des Fiz et le cristallin des Aiguilles Rouges. De cette rencontre naît un magnifique paysage de roches marquées par le temps.
Nous quittons aujourd'hui les grands alpages pour un monde plus minéral, à l'approche de la vallée de Chamonix. La randonnée va durer environ 5 heures. Nous regardons encore les superbes falaises de l'Aiguille de Varan. Avec sa voisine, l'Aiguille Rouge, elles sont encore fréquemment appelées " Aiguilles de Warrens " bien que Madame de Warrens n'ait laissé aucune trace d'un passage à Sallanches. La confusion serait vraisemblablement venue d'une déformation contestable du nom de Varan par les géographes érudits de l'Etat, voici déjà plus d'un siècle. Les gens du pays ne l'aurait d'autant moins baptisée ainsi que le " W " n'est apparu dans l'alphabet savoyard qu'après la guerre de 14-18 (il suffit d'observer une vieille broderie d'abécédaire pour le constater, rare sont celles qui disposent du W).
Des grandes falaises, nous allons en observer tout au long de notre parcours. Les Fiz, dont nous parcourons la base, ressemblent à une vaste forteresse, seulement prise d'assaut par quelques courageux grimpeurs. Plus bas se trouve Passy, un village très vaste dont les origines remontent à l'époque gallo-romaine. L'exploitation de la houille blanche à la fin du XIXe siècle explique la présence d'une industrie électro-chimique en fond de vallée. Les sommets de la commune sont plus connus pour les nombreux sanatoriums qui y sont installés. Le pied des falaises reste très forestier et dissimule nombre de sentiers, ainsi que le charmant Lac Vert né d'un gigantesque éboulement. Il suffit pour s'en convaincre d'observer le Dérochoir, immense amas de pierres qui défigure la falaise. Sa configuration actuelle date d'un éboulement spectaculaire survenu en août 1751.
Le Dérochoir dépassé, nous atteignons les Ayères (1641 m) et l'entrée de la réserve naturelle de Passy. Les ayères, en patois, désignent, comme la balme ou la barme, le lieu où paissent les troupeaux (" balme " ou " barme " désigne aussi une grotte en patois. A l'origine, " balme " désigne un creux. Par extension, les gens du pays l'ont utilisé pour les cavernes ou les cavités, mais aussi pour les alpages abrités où les bêtes pouvaient manger en toute sérénité. Cela explique que le nom " balme ", très courant dans nos Alpes, ne corresponde pas toujours à des lieux cachant une grotte.) Car, malgré l'emprise de la roche sur le milieu, les alpages sont nombreux dans ce secteur. Nous passons devant la Pierre à l'Ours dont la pierre a pris naturellement le profil de ce gros animal, comme pour rappeler que l'ours faisait encore partie du décor alpin voici deux siècles de cela. Pénétrer dans la réserve naturelle est donc un véritable plaisir car elle mêle richesses agricoles autant que biologiques ou géologiques. Le massif de Pormenaz, dôme qui marque la frontière entre la chaîne calcaire des Fiz qui date de - 200 à - 35 millions d'années, et les Aiguilles Rouges, massif cristallin comme celui du Mont-Blanc. La montagne de Pormenaz est plus ancienne, vestige d'une histoire antérieure à 300 millions d'années. Son sol est étonnamment diversifié : le socle cristallin se compose de gneiss et de granite, ainsi que de roches carbonifères. Le sous-sol cache la splendide malachite, minerai de cuivre vert aussi protégé que les espèces vivant dans la réserve. Le fruit de ces combinaisons minérales est un paysage unique, terre aux apparences parfois austères mais où s'épanouissent bien des espèces de fleurs.
Les herbes courtes des alpages, étalées en de vastes prairies, sont un défi de vie au pied de ses immensités rocailleuses. Ici, on se sent bien, on se sent vivre, à l'abri d'un décor dont le gigantisme nous échappe presque, à nous qui sommes confinés au pied des immenses montagnes. La montagne de Pormenaz, sur notre droite, est un lieu de promenade magnifique. Son lac vaut le détour, tout comme les Laouchets, petits lacs qui se comblent avec le temps. Des mines sont dispersées dans la montagne. Exploitées voici plus de deux siècles, elles recelaient de l'argent et même de l'or. La mine la plus riche de la région, l'Argentière, se trouve là, à peine éloignée d'un sentier de randonnée.
Rêvant d'or et d'argent, nous revenons sur terre lorsque Robert Muffat-Joly, notre accompagnateur de montagne, nous montre sur notre gauche un gros bloc de pierre qui laisse une fente horizontale entre le sol et la base du socle. Moins connu que la Pierre à l'Ours, il s'agit de la pierre aux Contrebandiers (1940 m), située à environ un quart d'heure du refuge de Moëde-Anterne, notre destination. Robert nous explique que, voici bien longtemps, des contrebandiers surpris par la tempête s'y seraient réfugié et y moururent de froid et d'épuisement. Charmante perspective… Heureusement, le refuge est tout proche et là, nous sommes certains de ne pas y mourir de faim.
Départ pour l'étape suivante...
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