Etape 5 :
Moëde-Anterne - Pierre à Bérard
Durée : 4 h La nature, depuis le Col d'Anterne jusqu'à l'entrée du massif des Aiguilles Rouges, s'épanouit dans un décor d'une grande beauté sauvage que la neige semble peut pressée de quitter.
Lorsque le vent souffle sur le refuge de Moëde-Anterne, il ne fait pas des plus chauds. Nous sommes, il est vrai, à 2000 mètres d'altitude, au croisement de massifs alpins tortueux et peu enclins à lâcher leur beauté naturelle aux caprices des hommes. Nous demeurons au cœur de la réserve naturelle de Passy, cloîtrés entre les murailles qui protègent le très beau Lac d'Anterne et la rondelette montagne de Pormenaz. Plus bas s'ouvre, au fur et à mesure de notre avancée, le vallon de la Diosaz. Le torrent émerge sous le massif des Aiguilles Rouges et prend toute sa grandeur dans les célèbres gorges qui portent son nom. Leur visite, au départ du village de Servoz, est classée au titre des sites incontournables de la Haute-Savoie, d'autant qu'elle est accessible à tous.
Alors que nous nous dirigeons vers les alpages de Villy (1885 m), nous avons tout loisir d'observer les immenses escarpements faits de roches et de neige. La vétusté des chalets de Villy trahi des alpages presque inexploités. Des vaches laitières y produisaient pourtant jusqu'en 1965 un lait, paraît-il, peu ordinaire. Le gruyère qui en était issu avait, selon les anciens, un irrésistible goût de violette.
La neige semble de plus en plus présente à mesure que nous progressons dans notre randonnée. Le rude hiver que nous avons vécu explique ces tardives plaques blanches, rarement si vastes en début d'été. La montée vers le Col de Salenton demande donc une grande prudence. Mieux vaut effectuer quelques détours que de s'obstiner à traverser les couches neigeuses dont la stabilité est discutable.
Le paysage est d'une beauté saisissante. L'aspect sauvage et les petites difficultés rencontrées pour avancer donnent un arrière goût d'aventure dont nous dégustons la saveur à chacun de nos pas. Les vastes alpages du Beaufortain sont bien loin de nous. Le monde qui nous entoure respire le fantastique, gris et blanc, blanc et gris. Même le ciel a aujourd'hui pris les teintes de la montagne, comme si la nature voulait soudain imposer à son univers un ordre plus austère que seules quelques superbes fleurs de montagne parviendraient à bafouer. Deux heures après avoir quitté les derniers alpages, nous atteignons le col, point culminant du Tour du Pays du Mont-Blanc avec ses 2526 mètres d'altitude. Porte de la réserve des Aiguilles Rouges, le col est perdu dans l'immensité des montagnes rocheuses qui gardent la vallée de Chamonix. Il fait toujours frais malgré le début d'après-midi. Le temps couvert n'est pas le seul coupable mais qu'importe, les paysages primitifs que nous traversons valent bien quelques frissons. Une heure plus tard, nous atteignons déjà le refuge de la Pierre à Bérard (1924 m)où nous passerons la nuit. Les jambes ne demandent qu'à souffler après la traversée des raidillons encore enneigés - pas toujours rassurants - qui suivent le Col de Salenton. Les nombreux bouquetins qui résident dans les environs sont certainement plus doués que nous pour ce type d'exercice…
Le refuge dispose de tout le confort, ce qui n'est pas désagréable dans ce décor presque lunaire. Un énorme rocher abrite le bâtiment principal ; une protection efficace contre les avalanches, très fréquentes dès le début de l'hiver. La promenade n'ayant duré que quatre heures, les plus courageux disposent même d'un peu de temps pour tenter d'observer les bouquetins. Mieux vaut toutefois demander où les trouver car la vie paraît s'égarer dans l'immensité des pentes et des pierriers qui entourent la Pierre à Bérard.
(bientôt des photos de l'étape)
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