Etape 9 : Prarion - Refuge du Truc
Durée : 4 h

L'hôtel de Prarion ou une vue imprenable sur le massif
La 9e étape, de Prarion aux chalets du Truc, au dessus du Val Montjoie, représente un superbe parcours et l'occasion de découvrir la vie traditionnelle des alpagistes.
Possibilité d'un départ à la journée :
Départ : hameau de la Gruvaz (St Gervais, à 15 km de Praz sur Arly)
Arrivée : Chalets de Miage avec possibilité de monter jusqu'au plateau du Truc (vue splendide)
Durée A/R (donnée à titre indicatif) : 2h30 (Miage) + 1h30 A/R de Miage au Truc
Pour plus de détails, consulter la carte de randonnée locale
A peine quitté le refuge de Prarion, la fraîcheur du début de matinée nous rappelle que nous sommes situés à presque 2000 mètres d'altitude. Le paysage est celui d'alpages blottis dans les hauteurs, balcons uniques donnant sur les sommets du massif du Mont-Blanc. Après le splendide passage de La Charme, point du vue réputé, nous descendons en direction de Bionnassay. Nous allons ainsi à la rencontre du tramway du Mont-Blanc dont les rails coupent le sentier. Ce train à crémaillère, qui démarre du Fayet (Saint-Gervais) est né du projet d'aménageurs ambitieux qui voulaient le voir rallier le sommet du Mont-Blanc. Délire humain ou folie technologique, le projet de TMB démarre en 1905. La première guerre mondial viendra interrompre les travaux, déjà difficiles dans les rocs du Mont-Lachat, à proximité du Nid d'Aigle, actuel terminus.
Nous arrivons au hameau de Bionnassay un peu plus d'une heure après notre départ. L'endroit est tranquille et les vieilles fermes semblent garder fièrement la mémoire de ce lieu qui a constitué le point de départ favori des premières expéditions pour la conquête du Mont-Blanc, dès 1784. Le chemin se dévoile ensuite paisiblement jusqu'au hameau du Champel. Nous ne sommes plus qu'à 1225 mètres d'altitude et la chaleur se fait sentir. La balade comprend heureusement une partie forestière, plus fraîche. Mais le large chemin qui mène aux alpages de Miage reste sec et parfois escarpé. Nous rencontrons parfois les ruines de petits bâtiments rongés par la végétation. Robert Muffat-Joly, notre accompagnateur, nous explique qu'il s'agit d'anciennes granges à foin (des fannires en patois) ou de bergeries, témoins de la dureté des temps où aucun carré d'herbe n'était perdu.
Nous passons au dessus des gorges de la Gruvaz, très impressionnantes de part la hauteur des falaises, creusées continuellement par le torrent de Miage. Au dessus trône le Mont Vorassay qui vient du nom patoisant de l'aulne vert (vorès, varosses) qui a baptisé ce sommet comme il a baptisé le village de Saint Nicolas de Véroce sur l'autre versant de la vallée. Le débouché sur les prairies de Miage, au détour d'un groupe d'épicéa est alors saisissant. La forêt disparaît soudain pour laisser place à de gigantesques prés où paissent les vaches. Le hameau situé au centre du cirque paraît comme isolé du monde, presque intemporel malgré la présence d'équipements modernes. A l'origine, ces bâtissent constituaient la base d'un regroupement d'alpages communautaires, première forme d'exploitation en montagne. Chaque chalet a un propriétaire distinct mais les terres sont en indivision, sous la direction d'un syndic ou d'un communier qui a la charge de l'organisation ou de l'exploitation des pâturages.
La vue depuis ce cirque majestueux porte sur le Col du Tricot, site très touristique au siècle dernier. Cela en fait, d'un point de vue historique, un lieu de randonnée très intéressant en dehors du circuit du tour du Mont-Blanc. On y trouve plusieurs ruines dont celles de l'auberge dite " des Deux Frères ". Il a été trouvé dans ces ruines une enseigne de faïence où était écrit " Aux touristes, les frères Favre 1840 " et qui a depuis disparue. L'eau était amené là-bas par un long cheminement sous les pointes du Tricot, depuis la source au Comte, lieu maintenant secret, à l'accès rendu dangereux par l'érosion et dont l'entrée du sentier, près de la croix, est marqué par une poterne avec des gonds, vestiges d'une porte. On y trouvait encore il y a quelques années un bassin joliment orné de petits clochetons et un abri sous pierre fermé de parois de bois. En contrebas du col, sur l'itinéraire venant du glacier, se trouve une voûte tout en pierre, probablement un vieux four, qui s'affaisse lentement sous le poids des ans. Il est bien triste que de tels vestiges ne soient pas sauvés et restaurés alors qu'ils symbolisent les débuts historiques de l'activité touristique de la région.
Des chalets de Miage, nous quittons doucement le cirque, profitant le plus longtemps possible de sa quiétude, et débutons la montée qui nous emmène vers l'alpage du Truc, à 1720 mètres d'altitude où nous attend le refuge et une vue à couper le souffle. Le parcours aura duré, au total, quatre heures de marche tranquille parmi des alpages au cachet préservé.
Départ pour l'étape suivante...
|