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12
MARS
2010

 

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L’ émigration des savoyards du Val d'Arly

Si l’économie est aujourd’hui florissante dans les stations, notamment grâce au tourisme, ce ne fut pas toujours le cas. La montagne était peu hospitalière auparavant pour les hommes. L’émigration était forte, notamment vers Paris mais aussi vers l’Amérique..

Les années d’après-guerre ont vu le développement rapide du tourisme et des sports d’hiver en particulier. La ruée vers “l’or blanc” venait de commencer. Toutefois, ce phénomène reste récent. Les habitants de nos régions ont vécut auparavant avec une neige qui ne leur apparaissait que comme une épreuve, une saison difficile qui transformait ces belles contrées en des lieux inhospitaliers. La faiblesse des récoltes en montagne et la courte durée de la bonne saison n’arrangeait rien ; les savoyards étaient donc généralement pauvres. Cette situation a conduit nombre des habitants du Val d’Arly à quitter, provisoirement ou définitivement, le pays, à la recherche d’un travail ou d’une nouvelle vie.

L’émigration dans notre vallée est très ancienne. On trouve des traces de ces mouvements de population dès 1461, date à laquelle on relève des “absences” durables liées aux trop nombreuses taxes. Hé oui, l’évasion fiscale existait déjà à l’époque ! Au 17ème siècle, le Duché de Savoie recense une migration de l’ordre de 10% de la population due à la pauvreté. Le phénomène s’accentue encore au 18ème siècle avec 20% des habitants qui migrent vers des lieux plus cléments.
Leur départ, parfois saisonnier (en hiver), était souvent définitif. La première destination était la France (la Savoie n’a été rattachée à la France qu’en 1860). Il faut dire que les savoyards ont toujours eu des liens très étroits avec la France, et ce bien avant le rattachement, tout naturel, de leur région. De ce fait, certains habitants des environs étaient déjà naturalisés français avant la Révolution !

Certains migrants n’allaient pas très loin et s’établissaient à Lyon. Ils travaillaient dans le textile et dans la restauration. On trouve ainsi un Monsieur Gardet qui avait eu la bonne idée d’ouvrir un grand restaurant en ville (un petit coucou à Claude Gardet, notre ancien directeur des remontées mécaniques).

La principale destination française restait tout de même Paris qui proposait nombre de métiers différents. Des pralins sont ainsi devenus remueurs-mélangeurs de farine (Léon Socquet, Ernest Muffat-Jeandet) et mélangeaient différentes farines afin d’obtenir une qualité homogène. Le
métier était très mauvais pour la santé en raison des poussières dégagées. D’autres se chargeaient de porter les sacs, un travail plus physique mais moins dangereux. Parmi ces porteurs, on a retrouvé des frères Muffat-es-Jacques. Ces hommes gagnaient plus de 50 fois le salaire d’un ouvrier en Savoie.
Le Val d’Arly possédait beaucoup de chevaux (des élevages existaient sur la commune de Praz) et les savoyards du coin s’orientèrent souvent sur des métiers comme soigneurs, maréchaux-ferrants ou encore cochers de fiacre, tel que Mr Muffat-Joly, un pralin qui obtint le statut officiel de cocher de fiacre de Paris vers 1840. Des habitants des environs allèrent jusqu’à créer leur entreprise de déménagement et entretinrent un commerce florissant.
Enfin, nombreux furent les pralins à travailler à la Salle des Ventes (la salle DROUOT) dans le 9ème arrondissement. Il s’agissait d’un “domaine réservé” des savoyards qui se chargeaient du transport, de l’exposition ou encore de la livraison des objets en vente. Ces commissionnaires sont encore aujourd’hui des savoyards. L’explication provient du système de recrutement qui se fait par transmission des emplois, à l’instar par exemple des commissaires-priseurs.

Si aller à Paris peut sembler facile actuellement, il en était tout autrement il y a cent ans. Pas question de trouver un TGV ou une autoroute, le trajet (600 km) se faisait généralement à pied. Le voyage était donc très difficile et durait environ un mois. Tous n’arrivaient pas à destination et abandonnaient, rebroussant chemin. La plupart rejoignaient cependant Paris (il s’agissait de savoyards, quand même !). Sur place, la communauté s’était organisée et l’on se retrouvait dans certains lieux de rendez-vous tel que le Café de l’Ecole Centrale ou encore le Café du Mont-Blanc tenu par un ancien habitant de Chaucisse. Autant de points de ralliement et qui ne servaient parfois que d’étapes, car les pralins, comme leurs voisins, ne s’arrêtaient pas obligatoirement et continuaient leur épopée par delà l’Atlantique, direction l’Amérique.

A la fin du 19ème siècle, les USA, le Canada et le Mexique constituaient des destinations alléchantes car les salaires que l’on faisait miroiter étaient élevés avec, à la clé, des hectares de terrain gratis. Ainsi, les savoyards partaient-ils à la découverte de la Louisianne, du Québec, des grandes plaines... Beaucoup ont aussi choisit l’Argentine (plus de 1600 savoyards ont demandé un visa pour ce pays).
Mais l’Amérique ne restait pas la seule destination de nos vaillants habitants; l’Afrique fut également un choix pour ces hommes qui cherchaient à changer leur vie. Rien d’étonnant alors de retrouver à l’autre bout du monde des noms qui vous sont familiers.

L’émigration savoyarde fut un phénomène important qui eut des répercussions dans la vie locale, surtout au niveau économique puisqu’il entraîna une désertification des campagnes. Il a fallu attendre le développement des sports d’hiver pour assister au phénomène inverse.
Aujourd’hui, nombre de gens s’installent dans notre région, dynamisée par le tourisme et une situation géographique favorable. Une sorte de revanche pour nos vallées si difficiles à vivre au quotidien voilà encore un peu plus d’un siècle. La beauté de nos paysages, la sérénité de nos forêts, demeuraient encore un trésor caché pour ses habitants... et leurs futurs visiteurs.

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